Les voyages forment la jeunesse… et m’ont appris à voir le monde avec de nouveaux yeux

Par Stéphanie Vy

Deuxième décollage : après Malte, on vous envoie au Mexique, sans escale.

« Aunque viajes por el mundo y dejes México, México nunca te deja a ti. »

Étudiante à Sciences po Lyon, je me suis envolée en juillet 2016 pour le Mexique, où j’ai étudié un semestre à l’Institut technologique autonome du Mexique, puis effectué un stage de quatre mois à TECHO México, une ONG luttant contre l’extrême-pauvreté de milliers de personnes vivant dans des établissements humains irréguliers (« bidonvilles »), au travers du développement communautaire et d’un programme de construction d’hébergements d’urgence. C’était la première fois que je quittais mes proches, mon pays, mes habitudes, mon quotidien, pour autant de temps, dans un pays dont les mœurs, le mode et le rythme de vie et les rapports avec le monde, m’étaient inconnus. Après un an de découvertes, de voyages et de rencontres, j’écris une lettre d’amour à ce pays qui m’a tant apporté et tant appris.

Cascade pétrifiée Hierve el Agua Etat d'Oaxaca
Cascade pétrifiée, Hierve el Agua, État d’Oaxaca

Tu sais, ici en Europe, quand on pense à toi, on parle toujours de ta violence, de tes fosses à ciel ouvert, de tes morts. On parle de toi sans te connaître, sans penser à ton histoire millénaire, aux civilisations géniales qui t’ont créées, aux souffrances que les premiers peuples ont connus lors du fameux choc avec les Espagnols, mais qui va de pair avec ton héritage colonial, ton architecture, tes rues, tes couleurs. México, terre de contrastes et d’inégalités, terre d’accueil, le sang qui ronge ton sol n’aura jamais la générosité de ton peuple, la bonté avec laquelle il m’a accueillie, ses sourires, son relativisme à toute épreuve.

Tu sais, ce qui m’a le plus surprise en arrivant dans ta capitale, la Ciudad de México, mégalopole de 21 millions d’habitants, c’est ta culture, ton vert, ta diversité, ta vie dans les rues. Tu es la ville qui compte le plus grand nombre de musées dans le monde, et pour le coup y en a vraiment pour tous les goûts : musée d’art moderne, d’archéologie (excellent), de la Révolution, des cultures du monde, du chocolat, du design, de l’Inquisition, en passant par de nombreuses expositions des plus grands artistes qui ont eu l’honneur de te visiter : Frida Kahlo bien évidemment, Diego Rivera, Alfaro Siqueiros, Remedios Varo, Rufino Tamayo…  Et puis mine de rien, malgré toute ton agitation, ta vie qui ne s’arrête jamais, de jour comme de nuit, ton trafic et ta surpopulation insupportables, tu es une ville incroyablement verte, avec tes rangées d’arbres bien alignées à chaque avenue, tes arbres fleuris à San Angel — mon vieux quartier que j’aimais tant — qui contrastent tant avec tes grandes tours grises, symboles d’un modernisme encore en décalage avec tes vestiges de l’époque mésoaméricaine qui nous surprennent parfois avec tes statues de la gueule de Quetzalcóatl (2) aux angles des rues.

Canyon du cuivre
Canyon du cuivre, Sierra Tarahumara, État du Chihuahua. 

Je t’ai parcouru de long et en large, de l’État de Chihuahua aux bords du Texas, dans le fameux Canyon du Cuivre, à la selva Lacandona, dans ta jungle profonde et secrète qui m’a conduite à la frontière avec le Guatemala. Là-haut dans le Nord, à la frontière avec celui qui fut ton frère et ennemi, dans la vallée des singes, j’ai fait la connaissance de Margarita et Mirta, deux jeunes filles appartenant à la communauté tarahumara (ou raramuri), « ceux qui ont les pieds légers », un peuple natif vivant dans la Sierra Tarahumara. Là-haut, les tarahumaras vivent à l’écart de l’État mexicain, se cantonnant à la sierra et sortant seulement pour vendre un peu d’artisanat aux touristes. Ils ont leur propre langue, leurs propres règles, leurs propres coutumes, et c’est ce Mexique indigène, métisse, fier, qui m’a tant impressionnée chez toi. Malgré ta dureté et ta méfiance, ta pauvreté, la répression et les inégalités qui malheureusement continuent contre cette part qui pourtant te constitue toi, du Chiapas, à Oaxaca jusqu’au Yucatan, j’ai rencontré les héritiers de ta tragique histoire, des aztèques aux zapotèques, des otomi aux mayas, arborant fièrement les vêtements traditionnels, continuant de célébrer dans la modernisation grandissante de vieux rituels, d’honorer tes morts en leur faisant la fête durant le Dia de los muertos (3), de partager cette culture et cette gastronomie si ancienne.

Lagune des Sept couleurs
Lagune des Sept couleurs, Bacalar, État du Quintana Roo

De la lagune aux sept couleurs de Bacalar à l’imposante cascade pétrifiée d’Hierve el Agua, ce sont tes pyramides qui m’ont le plus impressionnées, tes sites archéologiques qui cachent encore leurs mystères, tes rues pavées au style colonial, tes innombrables églises à chaque coin de rue, tes tacos al pastor qui m’ont valu la « vengeance de Moctezuma » (4) tant de fois.

En quittant mes amis mexicains le jour de mon départ, ceux-ci m’ont remercié de leur avoir montré durant l’année un Mexique différent — différent de celui dont ils ont l’habitude d’entendre parler dans les médias — celui dont justement on ne parle pas : le Mexique hospitalier, accueillant, souriant, loin de nos stéréotypes et simplicités occidentaux :

« Je pense que des fois il nous manque à nous [mexicains] qu’une personne de l’étranger nous rappelle ce que nous avons, ce que nous sommes, et ce que nous pouvons redevenir, pour récupérer cette foi en l’humanité et faire un monde meilleur ».

Dans Les Anges Vagabonds, Jack Kerouac écrivait « ce n’est qu’au Mexique, avec sa gentillesse et son innocence, que la naissance et la mort paraissent quand même valoir le coup… ». Avant de partir, cette phrase me choquait, me dégoûtait presque, mais maintenant je la comprends.

Tu sais, le plus dur en rentrant en France, ce n’est pas de se dire que les gens n’y comprendront rien, que je ne pourrai pas expliquer, décrire tout ce que j’ai vécu, senti, écouté là-bas ; décrire ces odeurs, ces couleurs, ces rues, ces gens que j’ai tant aimés. Le plus dur, c’est de rentrer chez soi et de se sentir étranger dans son propre pays. Mais j’apprends maintenant à voir mon pays avec de nouveaux yeux, tout comme je l’ai fait avec toi.

Parroquia de Basílica Colegiata de Nuestra Señora de Guanajuato
Parroquia de Basílica Colegiata de Nuestra Señora de Guanajuato, Guanajuato, État de Guanajuato
Pyramide de Kukulcán
Pyramide de Kukulcán, Chichén Itzá, État du Yucatan

Petits trucs à savoir, quand on va au Mexique

  • Toujours donner un pourboire au restaurant ou au bar (10% de la note totale), les serveurs sont très mal payés et vivent essentiellement de la propina.
  • L’eau sortant du robinet n’est pas potable ! Ni les glaçons…
  • Le papier toilette ne se jette pas dans la cuvette mais dans une poubelle située à côté (c’est valable quasiment partout dans le pays, il va falloir s’y faire…).
  • Le Coca coûte parfois moins cher que l’eau.
  • Les mexicains sont très démonstratifs et il arrivera souvent que lors d’une première rencontre, on vous prenne dans les bras (pour les plus endurcis, ça peut être difficile à vivre).
  • Il y a une vraie vie souterraine organisée dans le métro, vous pourrez y trouver de tout (des magasins de vêtements aux vendeurs à la sauvette de bonbons, chocolat, marihuanol — crème de marihuana pour le corps, oui oui, ça n’est pas une blague —, aux écouteurs ou maquillage). On peut y faire de très bonnes affaires !
  • Quand un mexicain vous dit qu’un plat pique, c’est qu’il pique beaucoup. S’il dit qu’il pique beaucoup, ne tentez pas le diable, c’est qu’il pique vraiment, vraiment beaucoup !
  • Certaines pharmacies proposent des consultations médicales gratuites (à condition ensuite d’acheter les médicaments dans ladite pharmacie).
  • Beaucoup de choses se négocient et se négocient bien, si vous avez le sens du tact et que vous parlez bien espagnol. Mais attention de ne pas en abuser : le salaire minimum est de 80 pesos par jour (4 euros) et l’artisanat souvent fait main. N’oubliez pas que si vous êtes là, c’est que vous en avez les moyens.
  • Les heures de pic du métro de Paris sont de la franche rigolade comparée à certaines lignes de métro de la CDMX.
  • La carte d’étudiant dans une école mexicaine vous permet de bénéficier de réductions à peu près partout (-50% sur les bus intervilles durant les vacances, gratuité des musées…).
  • Le castillan d’Espagne et le castillan du Mexique utilisent parfois les mêmes mots pour dire des choses très différentes (coger = prendre en Espagne, et…. baiser au Mexique).
  • Un vrai mexicain n’arrive pas à l’heure.
  • Ils nous adorent !

Notes :

(Première citation) « Même si tu voyages de par le monde et que tu quittes México, México ne te quitte jamais vraiment ».

(2) Quetzalcoatl : Il s’agit du nom du serpent à plumes, divinité pan-mésoaméricaine.

(3) La journée des morts.

(4) La turista.

4 thoughts on “Les voyages forment la jeunesse… et m’ont appris à voir le monde avec de nouveaux yeux

  1. Hello!
    Merci pour ce très bel article sur ton expérience au Mexique 🙂 Ton post donnent vraiment envie de découvrir la ville, ses nombreux musées et ses habitants 🙂 Je n’ai visité qu’une toute petite partie du pays dans la riviera Maya mais j’ai vraiment envie de découvrir la capitale 🙂
    Bisous et bonne apres midi,
    Mimi

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    1. Hola la bordelaise ! Merci pour ce chouette commentaire, je suis ravie que cet article t’ait plu ! Le Mexique est un pays tellement grand, c’est déjà génial que tu aies pu visiter un bout de la péninsule, qui est pour moi incroyablement belle et apaisante ! Si tu as l’opportunité d’y retourner, la Ciudad de México te réserve bien des surprises, entre ses rues jonglant entre modernisme et héritage colonial, sa nourriture « super rica », ses musées et son architecture, je suis tombée sous le charme ! Moi qui pensais ne pas aimer les grandes villes, j’ai complètement changé d’avis en arrivant à México. Si tu comptes y aller dans un futur prochain, n’hésites pas à m’envoyer un message pour que je te file tous mes bons plans ! Un abrazo grande !

      (Stéphanie)

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    1. Merci pour ton commentaire Emy, je suis contente que tu aies aimé mon article 🙂 Je te recommande en toute subjectivité si tu aimes les paysages montagneux, l’océan, la jungle, ou les villes colorées, de foncer au Mexique ! Entre la bonne humeur de ses habitants, la gastronomie et la nature incroyablement riche là-bas, tu y trouveras ton bonheur ! Je t’embrasse !

      (Stéphanie)

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