Relativiser

Ramener les faits à leur juste place, ne pas les exagérer. Difficile, parfois, lorsque l’on est pris dans le feu de l’action, de prendre le recul nécessaire pour ne pas se faire du mal inutilement, même dans les situations les plus absurdes. 

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J’ai une petite histoire à vous conter…

Cette petite anecdote me sert à vous donner des clés pour savoir relativiser. Les conseils que j’y donne peuvent être utiles dans d’autres types de situations où il serait bon de relativiser.

Il y a quelques jours, j’ai payé les courses d’une inconnue au supermarché. En rentrant chez moi, je me suis sentie mal. La fin du mois approchant, je savais que j’aurais des problèmes d’argent gros comme ma tête. J’angoissais à l’idée de voir mon relevé de compte plein de rouge.

En plus, je me demandais si cette femme avait vraiment besoin de moi, ou si c’était une personne malhonnête qui avait vue en moi une proie facile. Il faut dire qu’elle avait eu la main lourde sur les articles.

En plus, elle avait acheté des macarons et du saumon. « On prend des macarons et du saumon, quand on n’a pas d’argent pour faire ses courses ? »

En plus, un moment, alors qu’elle devait partir prendre du café « pour sa maman », elle était revenue les bras pleins de nouveaux articles. Je ne sais même plus si elle a pris du café, finalement.

En plus…

Bref.

Bref, je me suis offert un tas de raison de regretter mon choix de l’aider. Pourtant, cette décision je l’ai prise, moi, sans que l’on ne m’y oblige. Quand cette femme m’a demandé de l’aide, je lui ai dit que je ne pouvais pas lui donner d’argent, mais que je pouvais lui acheter à manger. Je ne m’attendais pas à lui offrir un festin de Noël, certes. Et en voyant la quantité d’articles qu’elle avait amassée, je n’ai pas osé lui dire « non, enlevez ça, et ça aussi ».

En rentrant chez moi, je me suis sentie mal et j’ai appelée ma sœur, pour qu’elle m’aide à relativiser. Je savais que des mots suffiraient, parce qu’il n’y avait rien de terrible, en fait. C’était même tout bête. Finalement, ma petite sœur m’a dit : « peut-être que tu as permis à une famille de bien manger. Et sinon, si c’était faux et qu’elle n’avait pas besoin d’argent, tu es quand même gagnante, tu as payé à manger à cette femme. »

Finalement, j’ai relativisé. Je suis la seule à qui je dois des comptes. Ce qui m’avait fait me sentir mal, ce n’était pas uniquement le fait de savoir que j’aurais du mal à boucler le mois. C’était aussi l’incertitude, le doute. Le fait de ne pas être sûre que cette femme avait vraiment besoin d’aide. J’avais peur d’avoir été trompée (coucou fierté).

Finalement, si j’ai été trompée, est-ce la pire épreuve que j’ai rencontrée ? Non. Quelle belle épreuve ! je dirais. Si une erreur a été commise, elle ne vient pas de moi. Ce n’est pas une fierté, mais une source de satisfaction pour moi de savoir que je suis capable d’aider quelqu’un, en dépit de mes propres soucis. Comme le feraient les deux êtres qui me sont le plus cher.

Relativiser : mode d’emploi

Comme je l’ai dit, relativiser c’est prendre du recul, se détacher de son émotivité. C’est sortir de ces logiques négativistes qui empêchent d’aller de l’avant. Comment penser dans ces situations où l’on se trouve coincé, à ressasser les mêmes questions ?

Est-ce là la pire chose que j’ai pu faire dans ma vie ? N’y a-t-il pas de choses plus importantes, maintenant ? L’argent, ça va, ça vient. Il faut certes rester raisonnable, mais je sais qu’après des moments de tâtonnement, il y a un retour à l’équilibre, c’est l’histoire de la vie (le cycle éternel, ingonyama nengw’ enamabala). De la mienne, en tout cas. Être à découvert à la fin du mois, quelle surprise ! C’est une situation dans laquelle je me suis déjà trouvée et pourtant, à ce moment-là, elle m’a submergée. J’ai même cherché des raisons de m’en vouloir ou d’en vouloir à je ne sais qui. C’est ce qui arrive lorsque l’on ne relativise pas : on cherche davantage de raisons d’aller mal et on s’interdit d’être bien.

Il faut sortir du contexte clos dans lequel on est, pour savoir à quel point on fait une montage d’un petit caillou. A travers ces questionnements simples, on se rend compte de la taille réelle de la problématique, comparée au sentiment démesuré qu’elle génère en nous.

Dans ces moments-là, les autres peuvent vous aider : il a fallu que ma petite sœur me dise ce que je savais déjà pour que je m’aperçoive que tout allait bien. Hors de ma bulle, elle voyait les choses différemment. Normalement.

Allez, je vous laisse là, j’espère que ça vous aidera. ❤