Oyez, oyez. Cet article peut sembler moralisateur. Je ne suis certes pas parfaite, personne ne l’est, on peut toujours faire mieux, etc. Il ne s’agit pas de provocation, de culpabilisation, d’inquisition. Ce sont des faits, rien que des faits. Parler, communiquer, discuter ensemble et chercher la meilleure solution, c’est déjà agir. C’est le but de cet article.

Intro : Le désastre humanitaire

24 avril 2013, Dacca, Bangladesh, le Rana Plaza s’effondre, faisant 1138 morts et davantage de blessés. Ce jour-là, de nombreux citoyens des pays du « Nord » découvrent ce qui se cache derrière l’étiquette. Bien entendu, avant cela, nombre d’alertes avaient été lancées, mais il faut se rendre à l’évidence : 1138 morts, c’est manifestement le seuil qu’il fallait atteindre pour frapper le monde d’un message percutant. Un message dont la portée semble bien éphémère. Après cela, il y a bien eu les effusions dans les médias, les cris d’alarmes d’organisations, associations et militant-e-s, la communication de crise des grandes marques dont l’empreinte était présente sur les lieux du crime. Le crime de la surproduction au prix de la dignité humaine, animale et de la planète. Une production si déraisonnable que les grands industriels en viennent même à détruire les invendus.

Soyons clair : aujourd’hui, aucune marque ne peut dire qu’elle sous-traite pour une raison autre que l’avantage fabuleux de la main d’œuvre la moins chère qu’offre le Bangladesh. C’est ce que l’on est prêt à miser pour remporter le pactole : pas le salaire dérisoire des petites mains qui fabriquent nos vêtements, mais leur sang. En échange, on met en rayon le manteau de la nouvelle collection printemps, qui ressemble grossièrement à celui que portait unetelle quand elle promenait son chihuahua à Hollywood. Ce manteau coûte 70 euros chez H&M, peut-être 40 chez Primark. Sur son lieu de production, il a un coût au-delà de toute monnaie, mais nous ne le voyons volontairement pas. Pourquoi ? Parce qu’on aime le shopping, ça aide à se décharger des émotions négatives de la société. Parce qu’on travaille dans la mode, il faut bien représenter le métier. Parce qu’on n’a pas les moyens d’acheter du coton bio ou une nouvelle robe de soirée. Parce qu’on ne savait pas tout ça. Est-ce que toutes ces raisons font le poids face à la réalité ? 100 milliards de vêtements sont vendus chaque année dans le monde (la production a doublé entre 2000 et 2014) et la grande majorité d’entre eux ne sont quasiment jamais portés. Des vêtements placardisés, achetés avec frénésie et conservés moins longtemps… De toute évidence, ce n’est pas le besoin qui pousse à consommer autant que nous le faisons.

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Manifestation de travailleurs au Bangladesh. © Solidarity Center.
Impacts : La prod’ du style

Parallèlement à l’aspect social, la fast-fashion – soit le renouvellement incessant des vêtements proposés sur le marché – a des impacts environnementaux importants qui s’inscrivent dans le temps. Il faut savoir que l’industrie du textile est l’une des plus polluantes au monde. Le problème réside notamment dans le fait que la fast-fashion est basée sur un système linéaire qui absorbe (j’allais dire « suce ») des quantités faramineuses de ressources non renouvelables, de produits d’origine animale, d’eau, de produits chimiques, de sols… En termes de pollution, les vêtements en matière synthétique issue du pétrole (polyester, rayonne, nylon, élasthanne, acrylique, etc.) libèrent des microfibres plastiques au lavage, qui terminent leur route dans les océans (500 000 tonnes chaque année, soit l’équivalent de 50 milliards de bouteilles plastique !). Le coton, malgré son image, n’est pas en reste en termes d’impacts : recours aux pesticides ou encore consommation d’importantes quantités d’eau douce (ce qui pose déjà des problèmes à de nombreux pays qui souffrent de difficultés d’accès à l’eau douce). On considère que 4% de l’eau potable disponible dans le monde est utilisée pour produire nos vêtements. Le textile est le 3ème secteur consommateur d’eau dans le monde, après la culture de blé et de riz. Par ailleurs, 1,2 milliard de tonnes de GES émis, soit environ 2% des émissions globales (plus que les vols internationaux et le trafic maritime réunis). En 2050, le secteur textile émettrait même 26 % des émissions globales de GES si les tendances actuelles de consommation se poursuivent. Tout cela n’est pas visible. La face cachée de l’iceberg est toujours la plus prépondérante.

Initiative : Et du coup ?

D’aucuns seraient tentés de dire « Ouais, on peut rien acheter quoi ». Oui et non. Acheter un produit en toute connaissance de cause (savoir qu’il est produit dans la souffrance et la destruction), relève de l’irresponsabilité (j’allais dire « du crime »). Quant à l’ignorance, elle est un pêché. Aujourd’hui, on ne peut plus ne pas savoir. On ne peut plus acheter un t-shirt au prix d’un croissant, ça n’a pas de sens. Il faut repenser tous ces besoins qui n’en sont pas. Il est normal de payer le prix (juste) pour un bien ou un service que l’on ne produit pas soi-même. Une robe à 2€ n’est attirante que lorsque que l’on ne se pose pas de questions sur l’acte d’acheter, sur tout ce que cela implique derrière et pourquoi on le fait. Il ne devrait pas être normal de trouver normal que certains aient tout et d’autres rien, sans compter le fait que nous partageons la même planète : si nous la détruisons, nous tombons tous.

A présent, il faut se demander ce que l’on exige des marques. Comment faire pour ne plus avoir besoin d’un Rana Plaza pour réagir. Comment agir concrètement. On peut produire, concevoir, consommer différemment. A toutes les échelles il y a à faire et il n’y a pas de solution clé en main (pour les marques ou pour les consommateurs). Le consommateur doit apprendre, c’est une question de conscience et d’éducation. Le système linéaire de la fast-fashion doit être contré par l’économie circulaire, qui se base sur la production durable limitant la consommation et les gaspillages de ressources, ainsi que sur la production des déchets. Mot d’ordre : réutilisation (et dérivés). Consommer moins, éviter à tout prix les grandes enseignes, s’intéresser aux métiers de la mode et aux coulisses, lire les étiquettes, se tourner vers les marques responsables et les bonnes adresses, troquer, chiner, penser. Penser. Quant aux industriels, les grandes marques ont les outils nécessaires, les petites ont besoin d’accompagnement.

Lire aussi : La mode éthique

BLACK FRIDAY. BLOCK FRIDAY.

Nous vivons dans une société qui pousse à la consommation, qui créé des désirs et nous donne une image superficielle du bonheur. Demain (29 novembre 2019), les grandes marques nous proposeront des bons d’achats, des prix imbattables sur toute sorte de produits. Il y aura peut-être même une collection « éthique » chez ZARA, H&M ou Pimkie, qui nous incitera grossièrement à consommer davantage. Face au Black Friday, 550 marques s’engagent à boycotter l’événement autour du collectif Make Friday Green Again. Certaines associations (Extinction Rebellion, Mouvement climat, etc.) bloqueront des commerces ou autres établissements, quelques citoyens donneront des vêtements, certains achèteront, d’autres crieront au scandale. Et vous, que ferez-vous, alors que vous êtes prévenu-e-s ?


Sources des données contenues dans cet article : ADEME, Novethic, Zero Waste France.

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